La philosophie peut-elle réparer le tissu social à l’image du fihavanana ? (Dr Mamitiana Claris Hubert)
Nampiditra hery
Nitsidika 8
Mpanoratra Dr Mamitiana Claris Hubert
Une difficulté importante apparaît lorsque la préservation de l’harmonie est considérée comme une obligation supérieure à toute expression du désaccord.
Dans certaines circonstances, l’appel à la solidarité peut conduire les individus à taire leurs critiques, à dissimuler les conflits ou à accepter des situations injustes afin de préserver les apparences de l’unité.
Une réflexion philosophique critique doit donc poser une question essentielle : peut-on parler de cohésion sociale lorsque certaines personnes sont contraintes de renoncer à leur parole ou à leurs droits ?
La réponse exige de distinguer l’unité imposée de la cohésion construite librement. Une société cohésive n’est pas une société dans laquelle tout le monde pense de la même manière. C’est une société dans laquelle les différences peuvent être exprimées, discutées et prises en considération sans que les désaccords conduisent nécessairement à la violence ou à l’exclusion.
Ainsi, le Fihavanana doit être interprété comme une exigence de respect mutuel plutôt que comme une interdiction de contester l’ordre social.
8.4. La réparation du tissu social nécessite une action éducative
La philosophie ne peut transformer durablement les relations sociales si elle demeure limitée aux espaces universitaires ou aux discussions théoriques.
Elle doit également trouver sa place dans l’éducation, les associations, les communautés locales et les institutions publiques.
Des ateliers de discussion philosophique peuvent, par exemple, permettre aux participants d’examiner des situations de discrimination, de désaccord communautaire ou de conflit intergénérationnel. Ils peuvent apprendre à écouter, à argumenter, à distinguer les faits des préjugés et à rechercher des solutions acceptables pour les personnes concernées.
Dans le contexte malgache, ces activités peuvent être articulées aux valeurs du Fihavanana, à condition de reconnaître la diversité des expériences et des traditions.
La philosophie devient alors une pratique de citoyenneté : elle apprend à penser avec les autres, sans renoncer à son esprit critique.
9. Recommandations
À partir de cette analyse, quatre orientations peuvent être proposées.
Premièrement, développer l’éducation philosophique et citoyenne. Les établissements scolaires et universitaires pourraient renforcer les activités de discussion argumentée, de réflexion éthique et de résolution non violente des conflits.
Deuxièmement, valoriser le Fihavanana dans une perspective critique. La solidarité et le respect mutuel doivent être associés à la justice, à l’égalité, à la liberté d’expression et à la reconnaissance de la dignité de chaque personne.
Troisièmement, multiplier les espaces de dialogue communautaire. Les jeunes, les femmes, les responsables communautaires, les enseignants, les chercheurs et les acteurs associatifs pourraient participer à des rencontres consacrées aux tensions sociales et aux moyens de les résoudre.
Quatrièmement, associer la réconciliation à des mécanismes concrets de réparation. Lorsque les relations ont été brisées par des injustices ou des violences, le dialogue doit être accompagné, selon les situations, de la reconnaissance des torts, de la responsabilisation et de mesures adaptées de réparation.
Ces recommandations doivent être adaptées aux réalités des communautés concernées et évaluées à partir d'expériences concrètes.

Hametraka hevitra
Midira aloha